Bref coup d’œil sur la question migratoire en Haïti.

Published on April 17, 2026 at 6:59 AM

Savez-vous qu’au 19e siècle, la migration se faisait essentiellement vers Haïti ? Sous le long règne de Boyer (1818-1843), on recevait les américains noirs fuyant l’esclavage aux USA et d’autres personnes souffrant de l’oppression esclavagiste au niveau de la région. Le commerce de gros était dominé par des Francais, des Allemands, qui en profitaient, contrairement a la loi, pour se mettre au détail aussi. Ce qui a révolté les commercants haïtiens, selon Vernet Larose. Plus tard, à partir de la signature du Concordat en 1860 avec le Vatican, les religieux étaient revenus s’installer en Haïti pour évangéliser et éduquer les Haïtiens. Un peu plus tard et même avant, sous les règnes de F. Soulouque (1847-1859), de F. Géffrard (1859-1867), de N. Saget (1970-1974) et L. Salomon(1879-1988) où Haïti était un « pays prospère » selon le Journaliste/historien Ady Jean Gardy, il a été relevé la présence de beaucoup d’étrangers, dont des français, des Allemands et des Arabes en provenance du Liban, de la Syrie à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. Et durant la 2e guerre mondiale (1939-1945), Haïti a ouvert ses portes à des juifs, objets de persécutions en Europe par le Reich allemand et ses alliés.

Durant tout le 19e siècle, seuls nos chefs d’Etat et quelques membres de leur famille et de leur entourage partaient pour l’exil lorsqu’ils étaient destitués à coup de « révolutions ». Cela a commencé avec Boyer. Il faut noter que, durant la période d’occupation de l’Est par Boyer, il y avait un va-et-vient d’un côté comme de l’autre de l’Ile d’Haïti. A part ces cas, les migrants haïtiens vers l’extérieur étaient constitués surtout d’étudiants (une constante dans l’histoire de notre pays), de cadres qui allaient parfaire leur formation en Europe, surtout en France, et plus tard (20e et 21e siècles) dans tous les autres continents, en particulier en Amérique du Nord.

La grande migration haïtienne de masse vers l’étranger remonte à un siècle, en particulier durant la période d’occupation américaine 1915-1934. Les masses rurales haïtiennes étaient encouragées, à partir de 1919, à aller travailler à Cuba et en République Dominicaine, par les américains qui étaient associés dans les usines sucrières de ces deux pays. Il ne faut pas oublier que les masses rurales étaient des réservoirs où puisaient les gens (politiciens) qui voulaient assauter le pouvoir à Port-au-Prince et aussi des patriotes qui ont combattu les américains dans les premiers moments de l’occupation, avec Charlemagne Péralte et Benoit Batraville. Cette habitude est restée et se perpétue jusqu’à Duvalier.

Dans les années 1960, avec les balbutiements de la dictature, les élites ont vraiment laissé le pays en masse pour l’Afrique, le Canada, l’Amérique du Nord, pour les Antilles aussi et l’Amérique du Sud. Sous les Duvalier, le phénomène allait prendre de l’ampleur et se maintenir jusqu’à date avec des vagues successives liées aux cyclones politiques et aux phénomènes naturels. Par exemple, après le tremblement de terre de 2010, ç’a été la ruée vers le Brésil et après le passage de Matthew en 2016, ç’a été le tour du chili. Valéry Numa a immortalisé tout cela dans des documentaires sérieux, « Destination Brésil », « Chili à tout prix » et « TPS ». On a donc connu le phénomène de « Fly People », de « Boat people ».

On estime actuellement la diaspora haïtienne à 3-4 millions de personnes à travers le monde, dont la grande majorité se retrouve dans l’Eldorado Américain (1.2 à 1.5 M, selon certaines sources), tandis que la République Dominicaine héberge 800 mille à 1 million de migrants haïtiens, et le reste éparpillé sur plusieurs continents. Selon la Banque Mondiale, 84% des cerveaux haïtiens sont à l’extérieur du pays (fuite des cerveaux). Le côté négatif de cette histoire, le pays manque cruellement de cadres pour réaliser son développement. Le côté positif, c’est la diaspora haïtienne qui permet à ce pays de tenir avec des transferts en nette progression (2 à 3.5 Mrds d’USD) d’année en année, surtout en période de catastrophes naturelles, tectoniques, anthropiques (cyclones politiques) et pandémiques (Covid-19).

C’est vrai que, depuis plus de 70 ans, l’haïtien se comporte comme quelqu’un en transit, à la recherche d’opportunités n’importe où sur la planète terre. Son point d’attache préférentiel reste les USA. C’est son Eldorado. On comprend très bien le pourquoi des gens qui ont une résidence au Chili et au Brésil pour la plupart, risquent leurs vies et celles des enfants pour atteindre cet eldorado. C’est la fascination de l’haïtien pour l’Eldorado Américain, « ce pays de luxe » où l’argent se ramasserait à la pelle. Et pourtant !


extrait "HAITI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS (19), CRISE MIGRATOIRE A LA FRONTIERE DU TEXAS, LE 4E CHOC OU LA FASCINATION HAITIENNE POUR « L’ELDORADO AMERICAIN »


(c) Jean-Robert Jean-Noel, 2021