L’agriculture haïtienne, longtemps considérée comme le pilier de l’économie nationale, traverse aujourd’hui une crise profonde. Ce secteur, qui nourrissait autrefois la majorité de la population et structurait la vie rurale, fonctionne désormais au ralenti, fragilisé par une combinaison de facteurs qui dépassent largement le cadre agricole.
L’instabilité politique persistante, l’insécurité généralisée, l’impunité et la désorganisation des institutions ont progressivement désarticulé les circuits de production et de distribution. À cela s’ajoutent les effets durables de la pandémie de COVID-19, qui ont accentué les déséquilibres déjà existants.
Aujourd’hui, le constat est préoccupant : la production nationale ne couvre qu’environ 35 % des besoins alimentaires du pays, tandis que près de 65 % proviennent des importations. Cette dépendance accrue expose Haïti aux fluctuations des marchés internationaux et réduit sa capacité à faire face aux crises.
Une insécurité alimentaire en expansion
La conséquence la plus visible de cette situation est l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Plus de la moitié de la population haïtienne se trouve désormais en situation de vulnérabilité alimentaire.
Ce phénomène ne s’explique pas uniquement par la pauvreté. Il traduit surtout une faiblesse structurelle du système agricole, notamment au niveau de la disponibilité des produits alimentaires. Les surfaces cultivées diminuent, certaines zones agricoles sont abandonnées à cause de l’insécurité, de l'urbanisation anarchique, et les pertes après récolte restent élevées faute d’infrastructures adaptées.
Autrement dit, le pays produit de moins en moins ce qu’il consomme. Et cette tendance, si elle se poursuit, risque d’aggraver les tensions sociales et économiques déjà très fortes.
Un moment symbolique pour changer de trajectoire
Le 1er mai, fête de l’agriculture et du travail, ne doit pas être uniquement une date commémorative. Dans le contexte actuel, il peut devenir un point de départ pour engager une nouvelle dynamique, même modeste, mais concrète.
Il serait illusoire de proposer des réformes ambitieuses et complexes dans un environnement aussi instable. En revanche, il est possible d’initier des actions ciblées, adaptées à la réalité du terrain, capables de produire des résultats visibles à court terme.
Sécuriser pour produire
La première condition de toute relance agricole reste la sécurité. Sans un minimum de stabilité, ni les agriculteurs ni les commerçants ne peuvent exercer leurs activités normalement.
Il devient donc essentiel d’identifier certaines zones agricoles stratégiques et d’y concentrer les efforts de sécurisation. Même une amélioration partielle de la situation dans des régions clés comme l’Artibonite ou la plaine des Cayes pourrait permettre de relancer significativement la production.
Miser sur l’irrigation existante
L’un des leviers les plus efficaces et les plus rapides à activer reste l’irrigation. En Haïti, le problème n’est pas seulement lié à la qualité des terres, mais surtout à la maîtrise de l’eau.
De nombreux périmètres irrigués existent déjà, mais sont aujourd’hui dégradés ou sous-utilisés. Leur réhabilitation rapide, à travers des travaux légers et un entretien mieux organisé, pourrait permettre d’augmenter la production sans attendre la mise en place de grands projets coûteux.
Soutenir directement les agriculteurs
Relancer l’agriculture passe aussi par un appui direct aux producteurs. Beaucoup d’entre eux ont réduit ou abandonné leurs activités faute de moyens.
Des interventions simples peuvent faire la différence : distribution ciblée de semences, accès facilité à de petits crédits, accompagnement technique de base. L’objectif n’est pas de transformer immédiatement le secteur, mais de remettre les agriculteurs en capacité de produire.
Réduire les pertes et mieux distribuer
Une part importante de la production agricole est perdue après la récolte, en raison du manque de stockage, de transport sécurisé et de débouchés organisés.
Améliorer ces aspects, même à petite échelle, peut avoir un impact rapide. La création de points de stockage locaux, l’organisation de circuits de distribution plus courts et plus sûrs, ainsi que le renforcement des marchés de proximité sont autant de solutions accessibles.
Redonner de la valeur à la production locale
Encourager la consommation des produits locaux est également un élément clé. Sans débouchés stables, les agriculteurs n’ont pas d’incitation à produire davantage.
Jean-Robert Jean-Noël,USA
1er Mai 2026