Haïti : gouverner une municipalité entre urgence, discipline et vision

Published on June 4, 2026 at 4:48 PM

Bien administrer une municipalité avec intelligence exige discipline, fermeté, savoir faire et une réelle capacité à prendre des décisions éclairées.

Cela implique aussi de poser des actions positives et constructives pour protéger la population, rénover, innover et embellir la commune — qu’un maire soit élu ou nommé durant une période spéciale en Haïti, notamment en situation de transition sous des régimes de gouvernement de facto.  

Face aux nombreux problèmes auxquels sont confrontées les municipalités haïtiennes, la tâche paraît immense et complexe : absence de lois de zonage, bidonvilisation accélérée des grandes villes et de certaines communes, gestion inefficace des déchets, prolifération des marchandes dans les rues, circulation chaotique des véhicules mettant en danger les piétons, manque d’eau potable et d’électricité, etc.

Dans l’un de mes articles, j’avais souligné que le maire — élu ou nommé — doit être à la fois un bon administrateur et l’intermédiaire privilégié entre la population et les services publics de la commune. En effet, nous savons tous que la responsabilité est lourde. Les difficultés sont nombreuses. Et les moyens, souvent limités par la centralisation excessive de la « république de Port au Prince », deviennent de véritables obstacles à la recherche de solutions immédiates. Les problèmes actuels sont aussi le résultat d’une accumulation de mauvaises décisions administratives et politiques au fil des années.

Quelle voie à suivre ? Les nouveaux responsables municipaux ont donc deux choix:

1. Persister dans les erreurs de leurs prédécesseurs et maintenir une mauvaise gestion de la commune.

2. Faire un choix responsable en adoptant des décisions intelligentes, structurées et orientées vers des résultats concrets. Toute action précipitée ou émotionnelle visant à déguerpir les marchandes autour des marchés ou dans certaines rues ne résoudra pas durablement le problème. Au contraire, elle risque d’aggraver la situation économique déjà fragile de ces travailleuses et travailleurs : marchandises coûteuses et difficiles à obtenir, transport risqué, marges de profit réduites par l’instabilité politique, incendies volontaires ou accidentels, dettes contractées auprès des banques, etc.

Personne ne semble y prêter attention. Quelle société.

Oui, les rues doivent être dégagées et les trottoirs rendus aux piétons. C’est une nécessité. Mais expulser brutalement les marchandes et marchands les plonge dans une plus grande précarité — et la misère est la mère de nombreux vices.

Une autorité municipale a pourtant pour mission:

1. Protéger les domaines publics et privés de l’État dans sa commune.

2. Embellir, rénover et innover pour améliorer la qualité de vie.

Concernant la prolifération des marchandes dans les rues, les actions municipales doivent s’inscrire dans une planification réfléchie et responsable, comprenant notamment :

• Identifier un lieu de relocalisation convenable.

• Aménager un site temporaire avant tout déplacement.

• Déplacer les marchands de manière ordonnée, avec autorité mais sans discrimination.

• Assurer la sécurité sur le nouveau site.

• Rénover et moderniser les marchés existants dans toute la commune.

Pour la ville des Gonaïves, par exemple, on compte cinq ou six marchés qui nécessitent une vision d’ensemble.

La ville de Rome ne s’est pas construite en un jour. En Haïti, il faut des actions réfléchies et immédiates pour contenir certains problèmes, mais aussi une vision à moyen et long terme, inscrite dans un plan national, régional et communal de développement, comme celui proposé dans Haïti, Vision 2054 de l’Initiative Citoyenne pour le Changement.

Reynald Orival, Président ICC, Coordonnateur adjoint ECO-MS