L'écho du Cap retentit aux Gonaïves

Published on July 19, 2026 at 7:02 PM

Les administrations communales du Cap-Haïtien et des Gonaïves nous amènent à tirer d'importantes conclusions. Le retard d'Haïti n'est pas dû à un manque de ressources, mais plutôt à l'insouciance et à l'absence de volonté des élites dirigeantes. L'Haïtien n'est ni naturellement désordonné ni malpropre. Tous les peuples du monde, sans exception, peuvent sombrer dans le laisser-aller lorsque les autorités abandonnent leurs responsabilités. Haïti souffre avant tout d'un déficit de leaders cohérents, éclairés et profondément passionnés par leur pays. Malheureusement, l'égoïsme, la quête de la prospérité personnelle et les intérêts claniques finissent par étouffer les aspirations de toute une nation.

Michel Saint-Croix, nommé à la tête de la commune du Cap-Haïtien, s'est mis au travail dès son premier jour de fonction, malgré sa mobilité physique réduite. Peu à peu, le désordre qui régnait dans la ville cède sa place à la civilité, au respect de l'espace public et à une meilleure convivialité citoyenne. Cette transformation démontre qu'avec de la volonté, il est possible d'obtenir des résultats concrets en peu de temps. S'il avait été élu, il aurait probablement eu les mains liées, incapable d'agir avec la même fermeté. Les promesses populistes sont souvent le véritable moteur des victoires électorales. Chaque situation de désordre représente un réservoir de voix, et les politiciens mal intentionnés le savent parfaitement.

Ce qui m'inquiète déjà, c'est l'après Saint-Croix. Un démagogue pourrait facilement remporter les prochaines élections en promettant de « rendre justice » aux motocyclistes et aux vendeurs ambulants, présentés comme des victimes de l'arbitraire. Je ne prétends pas être devin, mais je crois savoir comment fonctionne malheureusement notre culture politique.

En attendant, le Cap-Haïtien retrouve progressivement son éclat et ose renouer avec son prestige d'autrefois. Michel Saint-Croix avait déjà occupé cette fonction à la suite d'élections, sans pouvoir véritablement se distinguer, car il devait constamment ménager les intérêts électoraux. En Haïti, des délégués et des maires nommés peuvent parfois produire beaucoup plus de résultats que des élus. Les élections semblent davantage adaptées aux députés, sans même évoquer les sénateurs, dont le pays ne ressent plus réellement la nécessité.

Aux Gonaïves, ma ville chérie, c'est un véritable réveil, voire une résurrection. On avait l'impression que la cité mourait sous les yeux de ses propres fils. J'évitais même de regarder les images si désolantes de cette ville que j'aime tant. Le bel hôtel de ville dont l'enceinte était incendié par des malfaiteurs impunis, la Place d'Armes disparaissait sous une mer de détritus, les vendeurs ambulants occupaient toutes les artères, les motocyclistes faisaient la pluie et le beau temps, tandis que les piétons et les cyclistes disparaissaient progressivement, sous le regard méchant de mauvais Gonaïviens qui se prétendaient maires.

Aujourd'hui, le vent souffle enfin dans la bonne direction. Les Gonaïves sont en mouvement et menacent de devenir l'une des villes les plus coquettes d'Haïti. Il paraît même que, très prochainement, on pourra parler d'un véritable centre historique. Si cette volonté modernisatrice se confirme, la commune n'aura peut-être pas besoin d'élections municipales à court terme. La nouvelle équipe devrait poursuivre son travail afin de consolider les progrès déjà réalisés.

Il reste toutefois énormément à accomplir. Il faudra lancer un vaste programme de reboisement afin de réduire les effets de la canicule, encourager le retour du vélo comme moyen de transport et comme activité sportive, construire des marchés dans les zones périphériques pour désengorger le centre-ville, mettre en place une véritable gestion des déchets avec un tri sélectif permettant de transformer les matières organiques en engrais naturels pour l'agriculture et de recycler intelligemment les matières inorganiques.

Le chantier demeure immense. Chacun doit se mobiliser et apporter sa contribution à cette équipe municipale, dirigée par une femme dynamique, consciente, moderne et déterminée : Gina Jeanty. Si cette vision est maintenue avec constance et courage, les Gonaïves pourront redevenir l'une des plus belles vitrines urbaines d'Haïti, tout comme le Cap-Haïtien montre aujourd'hui qu'un changement est possible lorsque la volonté politique se met véritablement au service du bien commun.

Par Dr. Ed Exil-Noël.