Aucun leader politique haïtien ne parle véritablement de modernité pour ce pays. Aucun d'entre eux ne nourrit un grand rêve pour les infrastructures, les transports modernes ou encore pour une Haïti verte, propre et durable. Leurs discours sont presque exclusivement centrés sur leur éventuelle accession au pouvoir, même s'ils évitent de l'avouer ouvertement. Pourtant, derrière cette quête se cachent souvent la recherche du luxe personnel, des privilèges et du bien-être de leurs proches.
Dans les médias, les débats tournent inlassablement autour de la manière de renverser les adversaires politiques. De leur côté, ceux qui détiennent le pouvoir cherchent, par tous les moyens, à s'y maintenir. Pendant ce temps, les véritables priorités nationales sont reléguées au second plan. Le mot sécurité finit même par devenir une forme de chantage implicite servant à justifier le maintien de certains dirigeants plutôt qu'un objectif concret au service de la population.
Pourtant, un pays ne se construit pas uniquement avec des discours politiques. Il se bâtit grâce à une vision, à une planification et à des investissements dans des infrastructures capables de transformer durablement le quotidien des citoyens. Haïti a besoin de routes modernes, de boulevards, de transports publics efficaces, d'espaces verts, d'un littoral aménagé, de ports modernes et d'un environnement urbain pensé pour les générations futures.
Le Cap-Haïtien vient d'inaugurer un boulevard doté d'un marquage routier moderne. Cependant, de nombreux usagers ne savent pas encore comment l'utiliser, ce qui entraîne du désordre et de la confusion. Cette situation ne constitue pas une faute des citoyens, mais plutôt le résultat de décennies d'abandon et d'absence d'éducation routière. Les élites dirigeantes portent une lourde responsabilité, car elles ne se sont jamais réellement préoccupées de préparer la population à la modernité.
Le premier devoir de la Police nationale aurait dû être de demeurer sur les lieux aussi longtemps que nécessaire afin d'accompagner les automobilistes, les motocyclistes et les piétons, jusqu'à ce qu'ils s'habituent à ces nouveaux marquages qui leur paraissent aujourd'hui si inhabituels. La modernité ne s'improvise pas ; elle s'enseigne, elle s'accompagne et elle s'organise.
Voilà l'image d'une Haïti abandonnée, où les grands projets de développement sont sacrifiés au profit de la conquête des postes politiques et des intérêts personnels. Pendant que les dirigeants se disputent le pouvoir, le pays continue de prendre du retard. Il est temps que la politique haïtienne cesse d'être une simple compétition pour les privilèges et devienne enfin un véritable projet de société, fondé sur la modernité, la vision, le développement et le bien commun.
Par Dr. Ed Exil-Noël 27 juillet 2026