Chaque jour qui passe me permet de comprendre qu’Haïti est avant tout victime de ses propres erreurs, surtout de l’échec de ses élites dirigeantes. Aucun pays ne se développe grâce aux miracles. Les nations avancent parce qu’elles construisent, planifient et assurent la continuité des projets utiles au peuple.
Un barrage n’est pas seulement une retenue d’eau ; il produit de l’électricité, favorise l’agriculture, encourage la pêche, le tourisme, les sports aquatiques et crée des emplois. Les Dominicains, conscients de cette réalité, ont construit plus d’une quarantaine de barrages grâce à la continuité des gouvernements qui se sont succédé. Le résultat est visible : une meilleure production énergétique, une agriculture plus forte et une économie plus stable.
En Haïti, c’est malheureusement le contraire.
Les efforts sont presque inexistants et le pays continue de s’enfoncer dans la misère malgré ses immenses ressources naturelles. Depuis plusieurs années de transition politique, aucun grand ouvrage stratégique n’a véritablement été lancé ou achevé. Le barrage de Marion demeure dans l’abandon tandis que les dizaines de rivières du pays se jettent inutilement dans la mer. Pourtant, certaines pourraient irriguer de vastes régions agricoles et produire de l’électricité pour toute la population. Le fleuve des Trois-Rivières, par exemple, pourrait transformer une bonne partie de l’Artibonite et du Nord-Ouest, mais la vision et la volonté politique font défaut.
Le plus triste est que les débats publics ne portent presque jamais sur ces questions vitales. Les médias et les réseaux sociaux sont saturés de querelles politiques, de polémiques stériles et de commentaires destructeurs. Très peu de gens parlent sérieusement du reboisement, de l’interdiction du charbon de bois, du recyclage, de la protection des bassins versants ou encore des constructions anarchiques qui détruisent les mornes et fragilisent l’environnement. J’ai récemment alerté sur la dévastation de la petite forêt située près du Collège Notre-Dame du Cap, mais même cette alerte a suscité peu de réactions. Le pays semble marcher vers sa propre disparition dans une inquiétante indifférence.
Le barrage de Péligre reste pratiquement l’unique grande référence hydroélectrique nationale alors que plus d’un demi-siècle s’est écoulé sans qu’un autre projet d’envergure comparable soit réalisé. Il est donc temps d’arrêter d’accuser uniquement les étrangers de tous les malheurs d’Haïti, aucun complot extérieur ne peut détruire un pays plus efficacement que l’absence de vision, la corruption, l’irresponsabilité et le refus collectif de construire l’avenir.
Haïti ne manque ni d’eau, ni de terres, ni d’intelligence ; ce qui manque surtout, c’est une conscience nationale capable de transformer les richesses du pays en développement durable. Un peuple qui refuse de protéger ses ressources et de bâtir pour les générations futures finit toujours par payer le prix de son aveuglement.