Haïti : Des pauvres noyés dans leur propre mer de richesses. Par Dr. Ed Exil-Noël

Published on April 2, 2026 at 3:54 PM

Nous insistons, encore et encore, jusqu’à ce qu’une lueur de conscience jaillisse dans les cœurs et les esprits.

Haïti est riche, mais les Haïtiens sont pauvres — une contradiction criante qui révolte sans doute la nature elle-même et les dieux tutélaires. Tout commence par la mentalité et finit trop souvent dans le gaspillage. Haïti ne peut pas être pauvre au milieu d’îles prospères.

Il est trop facile de chercher des boucs émissaires : les oligarques ou les puissances dites amies. Pourtant, en dehors de Cuba et de la République dominicaine, Haïti dispose d’un territoire considérable. Certes, la densité démographique peut être un irritant relatif, mais si l’on voit le verre à moitié plein, cette jeunesse nombreuse représente une richesse humaine capable de transformer les ressources naturelles

Les Haïtiens doivent d’abord corriger leurs propres cahiers, mettre de l’ordre chez eux, avant de distribuer les fautes aux autres.

Les oligarques existent partout : ils font partie du moteur économique. Ils ne s’inclinent que devant l’argent, dénués d’état d’âme, et dansent là où le terrain leur est favorable. Il en va de même pour les étrangers qui s’immiscent, profitant des désordres récurrents et des désaccords permanents.

Lorsqu’ils financent, ils exigent de commander— logique implacable du rapport de force.

Pendant ce temps, les Haïtiens compétents, honnêtes et éclairés sont maintenus à l’écart du pouvoir, devenu une mangeoire, un gâteau partagé entre corrompus. Si l’on aime réellement Haïti, nul besoin de salaires exorbitants : seuls des frais de fonctionnement suffiraient. Tant d’Haïtiens préparés, pensionnaires et expatriés, sont prêts à contribuer, mais les entrepreneurs politiques, les corrompus et les mafieux locaux font flèche de tout bois pour préserver le statu quo.

Personne ne parle sérieusement du changement du système, notamment à travers une réforme constitutionnelle — pourtant source d’instabilité. Parce qu’elle alimente leurs intérêts de chapelle, ils refusent d’y toucher, même du bout d’un pétale de rose. Plus le système devient obèse, plus il offre des os aux proches et amis sécuristes ou “aviateurs”.

À quoi servent tant de ministères, tant de partis politiques, un poste de Premier ministre, une chambre de sénateurs, une multitude de députés, des cartels municipaux volumineux, des résidences secondaires, des per diem onéreux… pour ne rien produire ?

Haïti en est à sa troisième transition consécutive, qui dure désormais plus qu’un mandat présidentiel.

Le bilan est nul. Aucun ouvrage sérieux n’a été réalisé, même pour achever les projets entamés. Les acteurs ont failli, incapables, et ont mordu la poussière.

Le pays devient ainsi un pactole, une vache laitière qui ne nourrit qu’une minorité, pendant que la majorité reste plongée dans la précarité.

Haïti n’est pas pauvre. Elle est mal gérée. Et tant que la conscience collective ne s’éveille pas, cette mer de richesses continuera d’engloutir son propre peuple.