Des élections sous l’égide d’une constitution déraillée. Les mêmes causes produiront les mêmes effets, Par Dr. Ed Exil-Noël.

Published on March 19, 2026 at 1:23 PM

En dépit de ses nombreuses dérives, la démocratie demeure le chemin incontournable. Toutefois, elle ne saurait être une copie figée : elle doit s’adapter aux réalités, aux coutumes et à l’idiosyncrasie de chaque société. En ce sens, la Constitution de 1987 a conduit Haïti à une impasse profonde. Produit d’un contexte marqué par la peur du retour du duvaliérisme, elle fut conçue par des constituants blessés, traumatisés, davantage guidés par la crainte que par une vision lucide et durable. Résultat : une architecture institutionnelle fragile, génératrice d’instabilité, de pertes de temps et de souffrances accumulées.

Aujourd’hui encore, malgré ce constat accablant, les nouveaux jouisseurs du pouvoir avancent à l’aveugle vers des élections organisées sous l’égide de cette même constitution, porteuse de déséquilibres et de blocages. Certes, aucune constitution, aussi parfaite soit-elle, ne peut produire de résultats si les acteurs refusent de l’appliquer. Mais persister dans une structure défaillante revient à entretenir le chaos.

Les adversaires — voire ennemis — de Jovenel Moïse avaient diabolisé la proposition constitutionnelle qu’il portait. Pourtant, à y regarder de près, difficile d’y déceler le caractère liberticide tant décrié. Ce débat mérite d’être revisité avec honnêteté et sans passion partisane.

Une nouvelle constitution, si elle doit voir le jour, devra impérativement corriger les dérives structurelles actuelles : la fonction de Premier ministre, source de conflits et de paralysie ; un Sénat budgétivore, souvent inefficace ; la prolifération désordonnée des députés ; l’absurdité de trois maires par commune, condamnés à l’inaction par leurs divisions.

Des pistes de réforme concrètes s’imposent : Une seule chambre de députés, avec un représentant par arrondissement, conçue comme un véritable service à la nation et non une opportunité d’enrichissement ; Une fonction politique pensée comme un sacerdoce, à l’image des enseignants, agronomes et médecins du secteur public ; Des délégués départementaux nommés (préfets ou notables), dotés d’une autonomie pour impulser le développement local ; La nomination des chefs de la police et de l’armée selon leur compétence et leur bilan ; Un maire unique par commune, assisté de représentants locaux dans les sections rurales ; Un gouvernement restreint à un maximum de dix ministères, pour un État plus agile et plus efficace. Ainsi allégée, la machine étatique cessera d’être obèse pour devenir fonctionnelle, rapide et orientée vers les résultats.

Enfin, il faut avoir le courage de reconnaître qu’Haïti n’est pas un pays “normal” dans son fonctionnement actuel. Dans ce contexte exceptionnel, un président issu d’élections crédibles, libéré des compromis de partage de pouvoir imposés par les élites corrompues, entouré d’une équipe compétente, pourrait bénéficier d’un mandat exceptionnel. Un horizon de dix ans, avec un engagement de travail intensif — jusqu’à 14 heures par jour — ne serait pas un luxe, mais une nécessité pour redresser un pays où tout reste à reconstruire. Changer les hommes sans changer les règles ne produira jamais de résultats différents.