Haïti a besoin autres choses.

Published on March 19, 2026 at 1:16 PM

Haïti a besoin de beaucoup plus que des élections. Dans un système démocratique, les élections constituent un processus régulier et normal qui facilite la continuité de l’État en évitant toute rupture dans le renouvellement ou le maintien du personnel politique, conformément aux lois en vigueur, et plus particulièrement a la Constitution d’un pays.

Or, depuis quarante ans (1986 2026), en Haïti, les élections ont souvent été avortées, contestées, violées, et même accompagnées de crimes commis en contradiction avec les prescriptions de la Constitution de 1987 et de sa version amendée. Ce comportement insolite et controversé de la classe politique et économique haïtienne a constitué un obstacle majeur au développement normal du processus démocratique.

Durant ces quarante années, Haïti s’est retrouvée plongée dans une interminable transition politique, marquée par toutes sortes d’astuces, d’agitations et de combinaisons parfois saugrenues : accords, désaccords, pactes et arrangements de toutes sortes. Jusqu’à présent, le pays n’est pas encore entré convenablement, de manière rationnelle, dans un système démocratique fonctionnel dont les bases devraient être :

1- Un système éducatif solide formant des citoyens honnêtes, conscients de leurs droits et de leurs devoirs.

2- Un système économique permettant aux citoyens de jouir pleinement de leurs droits légitimes tout en s’acquittant de leurs devoirs patriotiques envers l’État.

3- Un système judiciaire garantissant l’égalité de tous dans l’application des lois.

La Constitution de 1987, ainsi que sa version amendée, n’est-elle pas en elle-même un accord ou un pacte de la société haïtienne, voté et ratifié ? Pourquoi faudrait-il en inventer d’autres ?

Si, pendant quarante années consécutives, cette Constitution a posé des problèmes soit dans le fonctionnement des institutions de l’État, soit à cause de la volonté démesurée de certains leaders politiques de violer les lois qui y sont inscrites, soit encore à cause de mauvaises interprétations de certaines dispositions, il serait alors intéressant, à ce carrefour d’incertitude pour l’avenir du pays, de procéder à une évaluation sérieuse des nombreux dégâts causés par l’utilisation abusive et le non-respect des lois.

Pour ma part, j’ose croire, avec modestie et bon sens, que si les Haïtiens veulent réellement entrer dans un système démocratique fonctionnel, ils ne doivent plus continuer à emprunter les mauvais sentiers déjà utilisés et qui ont causé tant de dégâts : quarante années d’une éternelle transition politique.

Aujourd’hui, il devient nécessaire de se doter d’une vision d’avenir sur une période d’environ trente ans, comme premier point de repère. Cette vision devrait intégrer des mécanismes de fonctionnement de l’État, de résolution des problèmes et des obstacles immédiats, à moyen et à long terme, ainsi que des mécanismes d’innovation et d’évaluation périodique. Ce seraient-là de nouveaux chemins à emprunter pour l’implantation d’une démocratie solidaire intelligente et humaniste à l’horizon 2054.

Sans l’organisation d’une conférence nationale haïtienne visant à doter le pays d’une vision claire de son avenir — réunissant des experts dans les différents domaines des activités humaines, à l’écoute des partis politiques (idéalement regroupés autour de quatre ou cinq grands partis), de la classe économique, de l’élite intellectuelle, de la société civile organisée dans les villes, les communes et les sections communales, ainsi que des associations de cultivateurs — Haïti pourrait ne jamais retrouver le chemin du progrès et de l’innovation.

Une nouvelle structure de l’État, définie dans une vision d’avenir sur une période d’au moins 25 à 30 ans, l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes, une nouvelle Constitution et une nouvelle orientation nationale pourraient constituer la voie ultime pour sortir le pays des mauvais sentiers déjà parcourus. Sans un virage à 180 degrés, Haïti risque de passer un troisième centenaire à tourner en rond, reculant toujours dans la mauvaise direction.

Vision 2054, l’ICC propose.

Reynald Orival

Citoyen haïtien et caribéen engagé

Président de l’Initiative Citoyenne pour le Changement

Coordonnateur  adjoint ECO MS